Avortement : la Thaïlande ouvre la voie à la légalisation

Le Conseil des ministres de Thaïlande a approuvé une proposition de modification des lois actuelles, qui criminalisent la plupart des avortements et prévoient des peines de prison et des amendes


Le Conseil des ministres de Thaïlande a appelé à une modification de la législation en vigueur concernant l’avortement, afin d’ouvrir la voie à la légalisation dans ce pays plutôt conservateur d’Asie du sud-est.

La révision de la loi, appuyée par le Conseil des ministres mardi (17 novembre), vise à permettre aux femmes de demander et de réaliser des avortements jusqu’à 12 semaines de grossesse. Toute tentative de limiter l’interruption de grossesse dans ce délai serait alors considérée comme « une violation des droits des femmes », explique Rachada Dhanadirek, porte-parole du gouvernement.

« L’amendement à la loi soutiendra et protégera les droits des femmes et de leurs enfants à naître de manière égale. Il éliminera les raisons qui poussent les femmes à recourir à des avortements illégaux, qui ne sont pas sûrs », ajoute Mme Rachada.

Les lois thaïlandaises existantes interdisent toute interruption de grossesse, sauf si la vie de la femme est en danger ou si celle-ci est enceinte à la suite d’un viol. Le gouvernement qualifie la situation présente de « restriction des droits des femmes » et en contradiction avec « la Constitution qui stipule que les personnes demeurent libres de leur vie et de leur corps ».

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Actuellement, les femmes qui cherchent à demander un avortement peuvent être condamnées à une peine de prison qui peut aller jusqu’à trois ans et à une amende de 60 000 bahts (1 700 euros). En vertu de l’amendement proposé, la sanction pour les interruptions au-delà de la limite des 12 semaines deviendrait également plus faible — jusqu’à six mois de prison ou une amende de 10 000 bahts (280 euros), ou les deux.

Toutefois, selon Jittima Phanutecha, membre de Choices Network Thailand, un groupe de défense des droits des femmes, « l’amendement est toujours assorti de conditions qui restreignent les droits des femmes, comme la limite de 12 semaines. Nous continuerons à nous battre pour réduire les conditions lorsqu’il sera examiné au Parlement afin que les femmes puissent avoir un accès sûr et complet à l’avortement. »

Le Conseil médical de Thaïlande estime que le délai de 12 semaines maximum se révèle raisonnable et ne présente aucun risque pour la mère. Il ajoute que la procédure en elle-même s’avère « suffisamment douloureuse pour la personne qui cherche à se faire avorter, sans avoir besoin de la pression supplémentaire d’une sanction pénale ».

Cette proposition a été soumise au Parlement pour examen. Le gouvernement espère désormais que la nouvelle loi entrera en vigueur le 12 février 2021.