Manifestations en Thaïlande : la police fait usage de canons à eau à Bangkok pour disperser les opposants vendredi soir


Les forces antiémeutes ont fait usage de canons à eau vendredi soir pour disperser les milliers d’opposants au gouvernement qui défiaient pour un deuxième jour consécutif l’interdiction de manifester à Bangkok, malgré les mises en garde du Premier ministre Prayut Chan-o-cha.

Alors que les forces de l’ordre faisaient également usage de boucliers et de matraques, les contestataires tentaient de résister à l’assaut avec des parapluies. Quelques-uns ont aussi jeté des bouteilles en plastique en direction de la police en tenue antiémeute.

« Dégagez, dégagez », scandaient les manifestants alors que les autorités faisaient usage d’une force inédite pour tenter de mettre un terme à trois mois de protestations qui ont mis à mal les institutions du pays.

« Le gouvernement dictatorial utilise la violence pour disperser le mouvement populaire », affirme Tattep Ruangprapaikitseree, l’un des leaders de la contestation.

Jeudi, un « état d’urgence renforcé » a été imposé à Bangkok. Il prévoit notamment l’interdiction des rassemblements de cinq personnes ou plus.

« Nous avons lancé des avertissements contre les actions illégales », déclare Yingyot Thepchamnong, un porte-parole de la police. « Après cela, nous prendrons des mesures intensives pour faire respecter la loi. »

La répression gouvernementale s’est accrue cette semaine en Thaïlande, avec notamment l’arrestation de plusieurs dizaines d’opposants, dont de nombreux leaders.

L’actuel Premier ministre, Prayut Chan-o-cha, est arrivé au pouvoir en tant que chef de l’armée lors d’un coup d’État mené en 2014. L’année dernière, après des années de retard, il a finalement organisé des élections générales. Les critiques soutiennent que le scrutin était uniquement destiné à lui permettre de rester au pouvoir en tant que Premier ministre civil. M. Prayut affirme quant à lui que ces élections étaient parfaitement équitables.

Les protestataires réclament ainsi son départ, une nouvelle constitution pour remplacer celle rédigée par le régime militaire et une réforme de la monarchie.

En réponse à la répression de vendredi, le représentant de la police Krissana Pattanacharoen, indique que les autorités avaient mis en garde les manifestants à plusieurs reprises avant le rassemblement.

Il ajoute que les forces de l’ordre n’ont pas utilisé de balles en caoutchouc pour disperser le regroupement autour du carrefour de Pathum Wan. M. Krissana explique toutefois qu’un produit chimique « irritant, mais non nocif » était mélangé à l’eau projetée sur les manifestants.

« Si aucun acte illégal n’avait été commis, ce qui s’est passé aujourd’hui n’aurait pas eu lieu », justifie-t-il, en estimant que les autorités avaient agi conformément aux normes internationales.



Prayut ne compte pas quitter ses fonctions et fait la sourde oreille

« Je ne démissionne pas », a déclaré le Premier ministre après une réunion du gouvernement, ajoutant que l’état d’urgence renforcé demeurerait en vigueur pendant au moins 30 jours. Il a mis en garde la population contre toute violation de ces mesures : « Attendons de voir… Si vous faites une erreur, nous utiliserons la loi ».

Parmi les manifestants, nombreux sont ceux qui réclament une réforme du système monarchique, qu’ils considèrent comme un élément qui favoriserait l’enracinement de décennies d’influence militaire dans la politique.

Depuis le début, les rassemblements ont été largement pacifiques.



Le seul incident spécifique invoqué par le gouvernement pour justifier l’imposition de mesures d’urgence est celui au cours duquel le cortège de la reine Suthida s’est retrouvé au milieu de manifestants. Le pouvoir affirme également que le mouvement de protestation nuit à l’économie et à la sécurité du pays.

En outre, la police a indiqué vendredi que deux hommes étaient accusés de tentative de violence contre la reine. Ils risquent la prison à perpétuité.

Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme s’inquiète de la situation en Thaïlande, affirme Ravina Shamdsani Said, porte-parole de la commissaire Michelle Bachelet.

« Nous sommes particulièrement préoccupés par la mise en œuvre d’accusations graves, notamment le crime de sédition, contre des citoyens qui exercent pacifiquement leurs droits fondamentaux », a-t-elle déclaré lors d’une réunion d’information à Genève.

Les membres de l’opposition parlementaire thaïlandaise ont également condamné les mesures d’urgence.

« Le parti Pheu Thai demande au général Prayut Chan-o-cha et aux fonctionnaires de lever l’état d’urgence et de cesser d’intimider le peuple de toutes les manières et de libérer immédiatement les personnes arrêtées », indique dans un communiqué la principale formation d’opposition.